Apprendre une langue comme sa langue maternelle

Pourriez-vous apprendre une autre langue de la même façon que vous aviez appris votre langue maternelle?

Selon Stephen Krashen, la compétence linguistique n’est avancée que lorsque le langage est acquis inconsciemment, spontanément et naturellement.

Stephen Krashen est un linguiste américain, chercheur en éducation, a obtenu un doctorat en linguistique de l’Université de Californie en 1972.

Il a plus de 486 publications qui contribuent aux domaines de l’acquisition d’une deuxième langue, de l’enseignement bilingue et de la lecture.

Il est connu pour avoir introduit cinq hypothèses relatives à l’acquisition naturelle d’une deuxième langue

apprendre une langue comme sa langue maternelle - hypothèses de Krashen

Voyons ensemble l’énoncé de ces hypothèses, et comment peut-on apprendre une autre langue comme sa langue maternelle.

Acquisition-Apprentissage

L’hypothèse la plus fondamentale de la théorie de Krashen, suggère qu’il existe une séparation nette entre l’acquisition et l’apprentissage.

Krashen considérait l’acquisition comme un processus purement subconscient et l’apprentissage comme un processus conscient, et affirmait que l’amélioration des compétences linguistiques dépend uniquement de l’acquisition et non de l’apprentissage.

L’acquisition du langage n’exige pas l’utilisation intensive de règles grammaticales conscientes et ne nécessite pas d’exercices fastidieux.

L’acquisition d’un langage est un processus subconscient, naturel et intuitif. Les apprenants n’ont pas besoin d’être conscients, ils ne se rendent généralement pas compte qu’ils possèdent de nouvelles connaissances. 

Ce processus est similaire au processus subi par les enfants, lorsqu’ils apprennent leur langue maternelle.

L’acquisition nécessite une interaction significative dans la langue cible – la communication naturelle – dans laquelle les locuteurs ne s’intéressent pas à la forme de leurs énoncés, mais aux messages qu’ils véhiculent et comprennent.

En revanche, apprendre une langue est un processus conscient, similaire à l’enseignement scolaire.

Les nouvelles connaissances sont représentées consciemment à l’apprenant, souvent sous forme de règles et de grammaire. Ce qui implique indéniablement un enseignement formel bien moins efficace que l’acquisition.

Par conséquent, l’apprentissage est une conception. Au lieu d’apprendre une langue, on apprend un modèle abstrait et sa théorie.


Information compréhensible

Selon cette hypothèse, les apprenants progressent naturellement dans leur apprentissage d’une nouvelle langue, lorsqu’ils reçoivent une information compréhensible de niveau légèrement plus avancé que leur niveau actuel.

Par exemple, si un apprenant est à un niveau n, l’acquisition aura lieu lorsqu’il sera exposé à une information compréhensible de niveau n+1.

L’information compréhensible est l’ingrédient crucial et nécessaire pour l’acquisition de la langue.

Krashen souligne que parler dans une langue cible n’entraîne pas son acquisition.

Bien que parler puisse indirectement aider à apprendre une langue, ce n’est pas la cause directe de l’apprentissage d’une langue.

Pour développer une précision grammaticale, il faut une meilleure méthode que l’enseignement direct de la grammaire. Contrairement à l’enseignement scolaire, les élèves acquerront une langue dans un ordre naturel en recevant des informations compréhensibles.

Contrôleur

L’hypothèse du contrôleur explique la relation entre l’acquisition et l’apprentissage et définit l’influence de ce dernier sur l’acquisition.

La fonction de contrôle est le résultat pratique de la grammaire apprise.

Contrairement au système d’acquisition, le système d’apprentissage joue le rôle de contrôleur, qui agit comme une fonction de planification, de révision et de correction lorsque trois conditions spécifiques sont remplies :

  1. l’apprenant dispose de suffisamment de temps,
  2. il se concentre sur la forme ou réfléchit à la correction,
  3. il connaît la règle.

Selon Krashen, le rôle du contrôleur est très limité, étant utilisé uniquement pour corriger les écarts par rapport à la parole commune et pour donner à la parole une apparence plus «lustrée».

Il existe des différences individuelles entre les apprenants en langues sur l’utilisation du contrôleur, on en distingue trois catégories :

  • Sur-utilisateurs : ceux qui utilisent le contrôleur à tout moment,
  • Sous-utilisateurs : ceux qui n’ont pas appris ou qui préfèrent ne pas utiliser leurs connaissances conscientes,
  • Utilisateurs optimaux : ceux qui utilisent le contrôleur de manière appropriée.

Une évaluation du profil psychologique d’un individu pourrait aider à déterminer son appartenance à un groupe. En général, les extravertis sont des sous-utilisateurs, alors que les introvertis et les perfectionnistes sont des sur-utilisateurs.


Ordre naturel

L’hypothèse de l’ordre naturel énonce que les structures grammaticales d’une langue sont apprises dans un ordre prévisible.

En outre, cet ordre est totalement indépendant de la facilité avec laquelle une langue peut être enseignée.

Krashen cite une série d’études de Dulay et Burt 1974, montrant que deux groupes d’enfants, un hispanophone et l’autre chinois, apprenant l’anglais en tant que deuxième langue, présentaient un ordre similaire de morphèmes grammaticaux. Par exemple, ils acquièrent le morphème grammatical -ing avant le morphème de la troisième personne -s.

 

apprendre une langue comme sa langue maternelle - ordre naturel
apprendre une langue comme sa langue maternelle - filtre affectif

Filtre affectif

Enfin, la cinquième hypothèse incarne le point de vue de Krashen, selon lequel, certaines émotions jouent un rôle facilitant dans l’acquisition d’une deuxième langue.

Les apprenants ayant une motivation élevée, une grande confiance en eux-mêmes et un faible niveau d’anxiété, sont mieux équipés pour réussir leur acquisition.

En revanche, une faible motivation, un doute de soi ou une forte anxiété, peuvent se combiner pour activer le filtre affectif et former un blocage mental et rend l’acquisition de la langue quasi impossible.

Par ailleurs, plusieurs études en neurosciences, montrent qu’un niveau de stress modéré facilite le processus d’apprentissage.

Les meilleures méthodes sont donc celles qui fournissent une «information compréhensible» dans des situations de faible anxiété, contenant des messages que les étudiants veulent vraiment entendre. Ces méthodes ne forcent pas la production précoce dans la deuxième langue, mais permettent aux étudiants de produire quand ils sont prêts, en reconnaissant que l’amélioration provient de la fourniture d’un apport communicatif et compréhensible, et non de forcer et de corriger la production.

Peut-on apprendre une autre langue comme sa langue maternelle?

Aussi exotique que la langue arabe laisse paraître, je suis convaincue du potentiel de la théorie de Krashen. L’unique difficulté, à mon humble avis, réside dans la possibilité de se mettre dans des conditions proches de celles des enfants.

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